ACERAC

ASSOCIATION DES CONFERENCES EPISCOPALES

DE LA REGION DE L’AFRIQUE CENTRALE (ACERAC)

 

En plus du SCEAM au niveau africain, les Evêques comptent avec une structure régionale pour suivre de plus près l’évolution de la situation de l’Eglise. Cet organe est l’ACERAC composé par les Conférences épiscopales de Cameroun, Congo (Brazzaville), Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad.

Président : S.Exc. Mgr Louis Portella Mbuyu, Evêque de Kinkala

Secrétaire Général : Abbé Mesmin-Prosper Massengo tél port. (242) 06 661 07 82

Siège: B.P. 15295 Brazzaville (Rep. du Congo) tél (242) 05 526 06 56

acerac_secreta@yahoo.fr / www.acerac.org

Association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique Centrale (ACERAC): Brazzaville dans la fièvre de la X ème Assemblée plénière sur la Famille.

Du 6 au 13 juillet 2014, Brazzaville la capitale de la République du Congo accueille les assises de la Xème Assemblée plénière de l’ACERAC (Association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale), sur le thème: «La famille en Afrique aujourd’hui».

Une rencontre triennale qui fait suite à celle tenue à Libreville au Gabon, du 3 au 10 juillet 2011, qui avait été consacrée à l’évaluation des assemblées plénières de 2002 à Malabo (Guinée Equatoriale), de 2005 à N’Djaména (Tchad) et de Bangui (RCA), en 2008.

La rencontre réunira plus de 70 évêques et cardinaux dont ceux des six pays de la sous-région, ainsi que ceux d’autres pays parmi lesquels le légat du Saint-Siège et les représentants de l’Eglise de France. L’ouverture officielle et la clôture des travaux se tiendront au palais des congrès de Brazzaville.

La Xème Assemblée plénière de l’Association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale est la deuxième qu’abrite la capitale congolaise, siège de l’institution, après celle de 1996. Près de vingt ans, les évêques membres de l’Acerac vont donc célébrer les 25 ans de leur institution, qui regroupe le Cameroun, le Gabon, le Tchad, la République Centrafricaine, la Guinée Equatoriale et bien sûr, le Congo pays hôte.

Depuis, les commissions mises en place pour l’organisation sont à pied d’œuvre, pour offrir aux participants et à tous les hôtes des conditions optimales de travail pendant une semaine. Ces commissions sont notamment: Accueil – hébergement – transport; Liturgie; Santé; Communication; Finances et matérielles. Elles sont toutes présidées par les évêques de la C.e.c, et travaillent en parfaite collaboration avec le secrétariat général de l’Acerac, qui en assure la coordination. Les commissions se réunissent régulièrement pour peaufiner jour après jour les préparatifs de ce grand rassemblement des évêques de l’Eglise-famille qui est en Afrique centrale.

Un des temps fort des assises de l’Acerac à Brazzaville est probablement l’inauguration du siège de l’institution, dont les travaux sont plus qu’avancés. C’est un édifice gigantesque qui se construit grâce à une contribution précieuse voire significative du chef de l’Etat congolais Denis SassouNguesso.

Rappelons qu’à Malabo en 2002, les évêques de l’Acerac avaient réfléchi sur «Les femmes dans la société et dans l’Eglise», à N’Djaména en 2005 sur «Les jeunes dans la société et dans l’Eglise», à Bangui en 2008 sur «Pour une meilleure gestion des biens temporels de nos Eglises d’Afrique centrale», et à Libreville en 2011, les évêques d’Afrique centrale avaient planché sur l’évaluation de ces trois précédentes assemblées.

A en croire Mgr Louis PortellaMbuyu et l’abbé Mesmin Prosper Massengo, respectivement président et secrétaire général de l’Acerac, plus rien ne pourrait à ce jour susciter quelque doute pour la tenue à Brazzaville la verte de la Xème Assemblée plénière de cette conférence épiscopale régionale. Déjà, des gadgets conçus pour l’événement sont disponibles, cas du pagne qui est vendu dans les diocèses du Congo.

Aristide Ghislain NGOUMA

 

RECOMMANDATIONS ACERAC 2014 : Brazzaville du 06 au 13 juillet

 Écrit par ACERAC.

 

ASSOCIATION DES CONFERENCES EPISCOPALES DE LA REGION D’AFRIQUE CENTRALE (ACERAC)

 ASSEMBLEE PLENIERE

 

Message

 Introduction

 Du 6 au 13 juillet 2013 s’est tenue à Brazzaville (République du Congo) la dixième Assemblée plénière de l’ACERAC sur le thème « Famille en Afrique aujourd’hui », à la suite des assemblées précédentes sur la femme à Malabo (Guinée Equatoriale) en 2002, sur les jeunes à Ndjamena (Tchad) en 2005, et plus récemment au Congrès de Libreville (Gabon) en 2013, anticipant ainsi les prochains synodes de l’Eglise universelle sur la famille. °

  I. La famille chrétienne aujourd’hui

1. Importance de la famille

 La famille constitue le socle sur lequel s’édifie la société qui se fait un devoir de la promouvoir, de la protéger et de la défendre. C’est là que la personne humaine naît, advient à son être et à son destin. C’est là qu’elle est nommée, reconnue, identifiée et introduite dans un réseau complexe de relations organisées permettant le vivre-ensemble. C’est aussi là qu’elle reçoit sa première éducation. Ainsi, la famille a une signification et une place prépondérante dans toute expérience humaine. Cela est plus particulièrement vrai dans le contexte africain qui est le nôtre.

2. La crise de la famille aujourd’hui

 Comme partout dans le monde, en Afrique aussi, la famille subit les contrecoups des mutations socio-culturelles. Les tensions socio-politiques se répercutent de manière insidieuse sur la cellule familiale. Influencée par la civilisation contemporaine marquée par l’utilitarisme, l’individualisme et la cupidité, la gratuité qui fait l’essence de l’amour s’effrite au bénéfice du profit. Les valeurs familiales traditionnelles sont remises en cause. Des situations sexuelles, autrefois marginales, voudraient se voir reconnues, authentifiées et légalisées.

 3. La famille chrétienne

 Cette crise affecte de manière particulière la famille et le mariage catholique.

 En effet, l’Eglise Catholique dans son rôle de mater et magistra, rappelle que la personne humaine est, fondamentalement, appelée à l’amour. Créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, cette personne, dans sa nature, vit un mystère d’ouverture aux autres et de communion. Or, c’est précisément dans la famille qu’elle réalise de manière privilégiée cette vocation.

 D’où la définition de la famille d’abord comme « une communauté de vie et d’amour ». Communauté de personnes qui est la première cellule de la société et où la personne humaine trouve son enracinement, son lieu originel de vie et d’épanouissement, son point d’insertion non seulement dans la famille humaine mais aussi dans l’Eglise-famille de Dieu. C’est à ce titre que la famille est en même temps le lieu où passe l’avenir de l’humanité et celui de l’Eglise.

 4. La famille et le mariage

 La famille tire son origine du mariage qui est l’union socialement ou/et  sacramentellement reconnue entre un homme et une femme. Il n’y a pas de réflexion sur la famille qui ne passe par une réflexion concomitante sur le mariage puisque les deux réalités sont connexes et ne sauraient se penser l’une sans l’autre. En effet, c’est le mariage qui fonde la famille et on passe ainsi de la communion des deux époux à la communauté familiale. La Bible dit en effet : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, il le créa, homme et femme, il les créa. » (Gn. 1, 27). Ou encore « l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. » (Gn. 2, 24)

5. Engagement de l’Eglise catholique

 Au regard de la crise et de toutes les difficultés qui affectent la famille africaine en général et la famille chrétienne en particulier, l’ACERAC a décidé de consacrer sa réflexion actuelle sur le thème général de la famille, et plus précisément celui de la famille chrétienne. Il s’agit, dans le cadre de la nouvelle évangélisation, d’élaborer une nouvelle pastorale familiale, susceptible de répondre aux défis majeurs de notre temps.

II. Résolutions

 C’est pourquoi, réunie à Brazzaville en sa dixième Assemblée plénière, l’ACERAC prend les résolutions suivantes :

 1)    Restructurer lapastorale de la famille. Dans les différents diocèses et conférences épiscopales, il existe des pastorales de la famille. Il convient de les harmoniser et de les restructurer en leur donnant les moyens humains et matériels. A cet effet, il est nécessaire de créer et de rendre opérationnelles des commissions de la famille au sein de l’ACERAC, des conférences épiscopales et des diocèses.

 2)    Mieux préparer au mariage. Le mariage étant une vocation, il convient de s’y préparer de manière sérieuse. Cette préparation se fera en plusieurs étapes : préparation lointaine dans le milieu familial, préparation proche et immédiate au moment des fiançailles. Elle doit être assurée conjointement par la famille, les prêtres et une équipe de laïcs impliquée dans la pastorale de la famille, dans des centres appropriés.

 3)    Harmoniser les trois formes de célébration du mariage. Actuellement, on distingue en Afrique trois formes de célébration du mariage : le mariage coutumier, le mariage civil et le mariage catholique. Ce qui pose le problème du coût financier du mariage et dissuade les jeunes à l’engagement. L’Eglise veillera à l’harmonisation des trois formes de célébration, tout en gardant à chacune son sens originel.

 4)    Eduquer à l’amour.  : Compte tenu du contexte contemporain marqué par l’égoïsme, l’utilitarisme et l’hédonisme, un accent particulier doit être mis sur l’amour agapè, amour don de soi et amour gratuit qui se nourrit du pardon.

 5)    Accompagner les couples. La célébration du mariage n’est pas l’aboutissement d’un processus. C’est une vie nouvelle qui commence. Cette nouvelle aventure doit être accompagnée en Eglise. D’où l’importance de structures de partage et d’accompagnement des couples mariés.

 6)    Former les agents pastoraux. La promotion des structures d’accompagnement nécessite des agents pastoraux formés à cette pastorale. Il conviendrait que chaque diocèse envoie des prêtres, des religieuses et religieux, des couples laïcs à l’Institut Pontifical Jean-Paul II de Cotonou, au Bénin, ou ailleurs, pour des études sur le mariage et la famille. Un cours de pastorale familiale devrait être instauré dans le programme de formation des futurs prêtres, pour les préparer à assumer leur responsabilité dans l’animation de la pastorale familiale.

 7)    Former les familles. Vivre en famille n’est pas facile et ne s’improvise pas. D’où l’importance de la formation dans les familles. Formation humaine pour apprendre à se connaître et à vivre des relations harmonieuses. Formation socio-anthropologique qui permet de comprendre son environnement culturel, social, politique et économique. Formation chrétienne qui permet de comprendre les sources bibliques, théologiques et morales de notre vie de foi.

 8)    Témoigner de sa vie de foi. Chaque membre de la famille doit être prêt « à rendre compte de l’espérance qui est en lui » (1 P 3, 15). Il n’y a pas de vie chrétienne sans témoignage implicite et explicite. La Parole de Dieu irradie le chrétien et l’incite à vivre comme le Christ et à en témoigner. A travers le témoignage, les familles chrétiennes évangélisent d’autres familles.

 9)    S’engager socialement. Les familles ne doivent pas se refermer sur elles-mêmes. Elles doivent s’engager à la transformation de la société, dans les domaines social, législatif et politique, répandre une atmosphère chrétienne dans les différentes sphères de la société, lutter contre les fausses idéologies et spiritualités, les injustices sociales et les tares morales de la société.

 10)           Eduquer les enfants. Les parents sont les premiers et les principaux éducateurs de leurs enfants. La famille est la première école des valeurs dont aucune société ne saurait se passer. Cette éducation passe d’abord par la présence physique effective des deux parents en famille. Elle inclut l’éducation affective et sexuelle. Il faut apprendre à l’enfant à connaître son corps et à le respecter. Enfin, les jeunes seront éduqués à se prendre en charge, à aimer le travail bien fait, à développer toutes leurs potentialités et à avoir confiance en eux.

 

11)           La vie spirituelle en famille. La vie spirituelle en famille repose sur les quatre piliers que nous propose le livre des Actes des apôtres (Ac 2, 42-47). La famille s’enracine dans l’écoute de la Parole de Dieu, lue et méditée en famille et en communion avec l’ensemble de l’Eglise. Elle se nourrit de la participation régulière à l’Eucharistie. Elle vit également de la prière qui rassemble régulièrement tous les membres de la famille, tout en maintenant le lien avec la paroisse. Enfin, la famille est lieu de communion, de partage, d’échange, un havre de paix où il fait bon vivre.

 12)           Dialoguer en famille. La cohésion familiale passe par un dialogue franc et sincère. Elle appelle également une auto-évaluation. Régulièrement, la famille au complet doit procéder à une évaluation des objectifs qu’elle s’est assignée, faire un bilan des projets réalisés ainsi que des difficultés rencontrées et se fixer de nouveaux objectifs.

 13)     Insister sur la réconciliation de la famille.  A la lumière de l’exhortation post-synodale Africae Munus, il convient de rappeler que la nouvelle évangélisation pour l’Afrique est essentiellement l’engagement à la réconciliation. Aujourd’hui, en raison des nombreuses fractures qui déstructurent les familles, il faut insister sur une pastorale familiale de conversion, de pardon et de réconciliation.

 14)     Revisiter la dot. Initialement, la dot est conçue comme un symbole, comme un échange de cadeaux et approfondissement des relations entre familles. Aujourd’hui, elle s’est dénaturée et freine l’engagement de nombreux jeunes. De plus, elle dévalorise la dignité de la femme considérée comme une marchandise. Il convient de travailler à restituer à la dot sa valeur symbolique initiale.

 15)     Réaffirmer la valeur du célibat chrétien. La pastorale familiale ne doit pas faire fi du célibat chrétien qui est complémentaire de la vie conjugale et un autre signe de la vocation d’amour à laquelle tous sont appelés. En ce sens, célibataires et mariés doivent se soutenir mutuellement dans leurs vocations spécifiques.

 16)     Lutter contre les discriminations au sein des familles. Les femmes, les jeunes, les enfants, les personnes âgées, les veuves et les orphelins… sont parfois objets de discriminations et même de violence dans la famille et dans la société. La pastorale familiale, avec le concours des commissions « Justice et paix » doivent lutter pour l’éradication de ces discriminations.

 17)     Exploiter les moyens de communication sociale. Aujourd’hui, il n’est pas possible d’ignorer les nouveaux moyens de communication sociale, même si leur impact n’est pas toujours positif. Il convient de les évangéliser, de les mettre au service de la pastorale et de la cohésion familiale, et d’apprendre aux enfants et aux jeunes à réguler leur usage.

 18)     Initier une pastorale active pour les mariages mixtes et interreligieux. Les mariages mixtes et interreligieux peuvent poser des difficultés de cohésion familiale et d’éducation des enfants. Il importe d’accompagner de manière toute particulière les jeunes qui veulent s’y engager et de les aider à un discernement adéquat, particulièrement avec la montée de l’extrémisme.

 19)     Résister aux sectes. Les sectes, autant d’origine africaine, orientale qu’occidentale, ne cessent de faire des ravages dans nos Eglises et dans nos familles, y semant la division et le désarroi. La pastorale familiale doit prémunir les chrétiens catholiques des sectes par une formation et une vie spirituelle solides ainsi qu’une communion qui résistent aux sirènes des sectes.

 20)     Sortir de la croyance en la sorcellerie. Dans un contexte de grande désespérance économique, sociale, sanitaire, politique ou affective ressurgissent la croyance et les accusations de sorcellerie qui détruisent les personnes et la cohésion familiale. Ces croyances et accusations reposent souvent sur une mauvaise interprétation de la tradition et une lecture fondamentaliste de la Bible. D’où la nécessité d’une pastorale de la rationalité, qui repose sur une spiritualité éclairée et solide.

 

21)     Promouvoir une gestion opérationnelle des ressources. Avec la crise économique, les grandes pandémies…, des familles sont économiquement fragilisées. Ces problèmes affectent souvent leur équilibre. La pastorale familiale doit promouvoir une gestion opérationnelle des ressources disponibles, la créativité ainsi que la solidarité.

 22)     Interpeller les pouvoirs publics. Les pouvoirs politiques investissent beaucoup dans la promotion de la famille. Mais certaines politiques sociales mises en place vont à l’encontre du bien des familles. Il convient donc d’interpeller les pouvoirs publics à une bonne gestion du bien commun favorable à l’épanouissement des familles, particulièrement les plus fragiles.

 23)     Initier un directoire sur la catéchèse de la famille. Enfin, s’inspirant des recommandations de l’Assemblée Générale du SCEAM en 1981, il convient, d’initier un directoire de la catéchèse familiale, catéchèse essentiellement biblique, dont on fera l’évaluation tous les trois ans.

 Conclusion : 

En somme, la crise n’est pas nécessairement négative. Elle peut même s’avérer, très structurante, quand elle est bien gérée. Les soubresauts que connaissent les familles aujourd’hui sont sans doute un appel de l’Esprit Saint à travailler davantage à la restructuration et à la promotion de la famille en général et de la famille chrétienne en particulier, dans la perspective de la nouvelle évangélisation. Puisse la sainte famille continuer à inspirer et à protéger nos familles pour qu’elles ne cessent de refléter l’image de la famille trinitaire !

 

 

 

Fait à Brazzaville, le 12 juillet 2014